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 Interview de "Titi" Dussautoir

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MessageSujet: Interview de "Titi" Dussautoir   Sam 26 Aoû 2006 - 11:53


Thierry, quelles sont les nouvelles de ton genou ?
J'ai enfin pu participer à mon premier entraînement avec opposition cette semaine. Les sensations étaient bonnes et j'ai reçu le feu vert du staff médical pour reprendre. Je vais enfin pouvoir jouer pour le Stade Toulousain, même si ça se fera d'abord avec les Espoirs pour retrouver le rythme. Logiquement, je serai aligné en lever de rideau du match d'Albi contre Brive, pour une quarantaine de minutes: l'important est avant tout de retoucher le ballon.

Cette préparation perturbée a dû être terriblement frustrante ?
C'est malheureusement un cas de figure auquel je commence à être habitué. En arrivant à Biarritz, déjà, j'étais convalescent après une blessure assez sérieuse au genou, et l'attente avait été beaucoup plus longue avant de porter les couleurs de mon nouveau club. C'est donc une situation que j'ai appris à gérer, même si ce n'est jamais facile. La blessure... (il souffle) C'est vraiment ce qu'il y a de pire pour un sportif. On ne peut rien faire, et il y a toujours une part d'incertitude: on se demande quand et comment on pourra revenir au niveau.

Tu as le match de Biarritz, le 3 septembre, en ligne de mire ?
(Il sourit) J'espère tellement y être... Quand je me suis blessé, j'ai immédiatement cherché à savoir si je pourrais être opérationnel pour la venue du BO. Aujourd'hui, je peux reprendre le rugby, mais rejouer face à une équipe du calibre de Biarritz, c'est autre chose qu'un match avec les Espoirs. Mais retrouver mes anciens partenaires, au Stadium, ça serait vraiment bien.

Comment as-tu été amené à rejoindre le Stade ?
Déjà à Colomiers, j'avais été en contact avec Toulouse. Cela n'avait pas pu se faire, et j'ai passé deux saisons à Biarritz, qui ont été superbes sportivement avec deux titres de champions de France et une finale européenne. Le Stade Toulousain est pour moi l'opportunité de rester au top sportivement et de privilégier mon futur professionnel et celui de ma copine, qui est ingénieur. A Toulouse, les opportunités dans ce secteur, grâce à l'aéronautique, sont largement supérieures à ce que l'on peut trouver au Pays Basque.

Alors que tu n'as pas 25 ans, tu es déjà passé par Trelissac, Bègles, Colomiers, Biarritz ...
C'est vrai, ça fait beaucoup de clubs, et j'ai réellement envie de me fixer quelque part. Cela a pesé dans mon choix de rejoindre Toulouse, car pour l'après-rugby, j'aurai peut-être l'opportunité de trouver un emploi ici. J'ai obtenu mon diplôme d'ingénieur en chimie des matériaux, ce qui permet de travailler principalement dans les secteurs de l'aéronautique et de l'automobile.

C'est important d'avoir obtenu ton diplôme avant la fin de ta carrière de rugbyman ?
Oui, et ce sont d'ailleurs mes études qui m'ont amené vers le rugby: quand je suis arrivé à Bègles, c'était avant tout pour étudier là-bas. Rejoindre le centre de formation du club était le moyen de ne pas payer de chambre d'étudiant! Puis tout s'est fait naturellement: j'ai d'abord joué en Juniors, puis en Espoirs avant de m'entraîner avec l'équipe une. Petit à petit, j'ai intégré le groupe pro, mais ce n'était pas un objectif au départ. Ensuite, je me suis pris au jeu et j'ai décidé de me consacrer au rugby, mais sans perdre de vue mes études, qui ont toujours demeuré une priorité. Mes parents, de toute façon, ne m'ont pas laissé le choix (sourires): ils n'entendaient pas grand chose au rugby, et il était hors de question pour eux que je délaisse mes études.

Tu as eu ta première licence de rugbyman à seize ans. Pourquoi si tard ?
Etant adolescent, je pratiquais le judo. Ce sont mes amis de l'époque qui m'ont convaincu de venir jouer avec eux à Trélissac. Le lundi au lycée, je les entendais raconter leur match du week-end, et il y avait toujours des anecdotes amusantes. C'est ce qui m'a convaincu de tenter le coup. On a joué trois ans ensemble, et la majorité d'entre eux ont depuis arrêté. C'est finalement un ensemble de concours de circonstances qui ont fait que je sois aujourd'hui rugbyman professionnel.

Tu as la réputation d'être avant tout un plaqueur-récupérateur. Comptes-tu sur ta venue au Stade pour élargir ton registre ?
Oui, et c'est aussi un élément qui a compté au moment de rejoindre Toulouse. Déjà, à Biarritz, mes entraîneurs m'ont fait comprendre qu'il fallait que je m'investisse un peu plus dans le jeu. Sans doute en raison de ma réserve naturelle, je n'osais pas trop prendre des initiatives offensives. Delmas et Lagisquet m'ont incité à prendre un peu plus le ballon, et je compte sur le style de jeu du Stade pour progresser encore dans ce domaine.

Le fait d'avoir remporté le championnat de France face à tes futurs coéquipiers ne peut pas être anecdotique. Comment as-tu géré cette situation dans la tournée qui a suivi ?
C'était une situation compliquée. Lors des premiers jours en équipe de France, j'étais encore euphorique et j'avais envie de partager ces derniers moments ensemble avec mes anciens partenaires. Mais à côté, mes futurs coéquipiers n'étaient pas bien et vivaient très mal la défaite. Entre Biarrots, on parlait beaucoup de la finale et du titre, mais on évitait de trop le montrer par respect pour les Toulousains. Avec le BO, on avait perdu une finale quelques semaines plus tôt, en Coupe d'Europe, et nous savions à quel point c'était douloureux et difficile à digérer.

Et comment se sont passées les minutes qui ont suivi la finale ?
Je suis allé saluer mes futurs coéquipiers, et principalement Pato (Albacete) et Jeff (Dubois), avec qui j'avais joué à Colomiers. Les frères Maka et Yannick Nyanga m'ont souhaité la bienvenue, et ils paraissaient sincèrement heureux de ma venue au club.

Ta titularisation en finale, contre ton futur club, est une sacrée marque de confiance de la part de tes anciens entraîneurs ?
Jamais je n'aurais pensé être titulaire pour ce dernier match: je l'espérais pour la demi-finale et ça n'avait pas été le cas. Heureusement que ce choix en finale a marché, car dans le cas contraire, on ne leur aurait reproché longtemps. Déjà que c'est le cas... C'est tout de même un choix qui a encore des conséquences au niveau du club, et qui été sans doute très difficile à faire pour eux. C'était un sacré pari pour eux et si tactiquement, ils pensaient que c'était le bon choix de me faire jouer, ils auraient pu malgré tout ne pas le faire pour s'éviter des ennuis et se protéger. Parice Lagisquet et Serge Delmas ont su prendre leurs responsabilités, et ont prouvé qu'ils étaient de grands entraîneurs.

Comment vis-tu le fait d'être continuellement soumis à une énorme concurrence, que ce soit à Biarritz ou aujourd'hui à Toulouse ?
A Biarritz, quand personne n'était blessé en troisième ligne, on tournait à quatre et on se partageait la saison: Imanol, Thomas, Serge et moi. Didier Chouchan, Steve Malonga étaient là en cas de coup dur, mais n'entraient pas au départ dans le roulement. Au Stade, j'ai fait le compte, nous sommes huit à pouvoir prétendre à une place de titulaire en troisième ligne: c'est une concurrence qui est sans doute plus importante encore qu'à Biarritz.
Si cette concurrence est partout dans le rugby pro, on la vit différemment selon les périodes. Quand tout va bien, elle te porte vers le haut et donne envie de tout donner pour arriver au niveau des autres. Mais quand on traverse une mauvaise passe, ça peut devenir très difficile à gérer.

En terme de préparation, ce que tu vois au Stade est-il comparable avec ce que tu avais connu à Biarritz ?
En toute honnêteté, je n'avais jamais vu une préparation comme celle que nous avons effectuée ici. D'un point de vue physique, c'est énorme. On sait tous que c'est le prix à payer pour être au point durant les matchs, mais je suis vraiment impressionné. Au niveau des infrastructures, les deux clubs sont équivalents, mais dans le secteur extra-sportif, le Stade est au niveau au-dessus: le joueur est totalement pris en charge.

Dans quelle proportion la Coupe du Monde occupe-t-elle tes pensées ?
On a conscience de débuter une année importante, mais je ne veux surtout pas m'y projeter trop tôt. La Coupe du Monde est dans un an, ce qui est très loin. J'ai eu assez de pépins alors que j'étais proche des Bleus pour ne pas m'enflammer. Je vais commencer par faire une bonne saison avec le Stade Toulousain, et si c'est le cas, cela augmentera mes chances de faire partie de l'aventure.


Source : StadeToulousain.fr
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